Glénic, quand la terre devient pierre et tuile
Nichée au cœur du département de la Creuse, Glénic est une commune où le passé et la nature se rencontrent harmonieusement pour créer un lieu unique. Ici, la terre raconte des histoires anciennes, transformée par les artisans d’autrefois en pierres robustes et tuiles élégantes. Ce patrimoine architectural reflète l’âme de cette région, où chaque bâtisse semble porter les traces d’un savoir-faire transmis de génération en génération. Glénic, c’est aussi un paysage vallonné où les mélanges de couleurs et de textures, entre nature brute et constructions humaines invitent à la contemplation.
- La carrière de Villegondry
- La tuilerie du Mondoueix
Plongez au cœur de l'histoire locale avec la carrière de Villegondry. Cette page vous invite à explorer son passé, découvrez comment cette carrière a façonné notre paysage et notre histoire.
La carrière de Villegondry
Les parcelles cadastrales B336, B337, B294 et 295 ont une histoire riche et marquante. Ces terrains, ayant initialement appartenu à Philippe BONNET puis à François MICHAUD, ont vu leur vocation évoluer au fil du temps. À la fin du XIXe siècle, ces parcelles se sont progressivement transformées en une carrière exploitée de manière artisanale. Monsieur Pierre CACARD, entrepreneur de maçonnerie basé à Chibert, fut l’un des premiers à amorcer cette transformation en y donnant les premiers coups de pioche, extrait les pierres nécessaires à ses chantiers.
En 1902, avec la construction de la ligne ferroviaire reliant Guéret à La Châtre, la petite exploitation prend une ampleur significative et devient une carrière à part entière. Les travaux du viaduc, confiés à l’entreprise PATISSIER GOUVERNAIRE, marquent un tournant. Cette dernière passe commande de pierres auprès de Monsieur CACARD et met à sa disposition des ouvriers pour accélérer l’extraction. Carriers et tailleurs de pierre travaillent d’arrache-pied, dans des conditions rudimentaires, pour extraire et remonter les blocs de pierre. Tout se fait à la force des bras, avec l’aide de charrettes tirées par des bœufs, sans aucun moyen mécanique. Quelques explosifs viennent compléter les efforts titanesques de ces hommes, animés par leur talent et leur dévouement à cette tâche monumentale.
En 1913, Alexandre LECLUSE, entrepreneur de travaux publics établi à Nanterre, décide de prendre en main son approvisionnement en pierre. Il signe alors un acte lui accordant le droit d’exploiter une carrière située sur le territoire de Saint-Léger le Guérétois. Pour la gestion de ce site, il fait appel à Auguste DENEVE, originaire des Vosges et né en Belgique en 1885. Marié à Mathilde BROGGINI, le couple s'installe au château de Clocher pour superviser les opérations. Une équipe d’une trentaine d’ouvriers est rapidement embauchée, marquant ainsi la création officielle des carrières DENEVE. Cependant, les activités de la carrière sont interrompues dès 1914 en raison de la déclaration de la Première Guerre mondiale.
Avec la fin du conflit en 1919, les carrières reprennent vie. Néanmoins, la production locale ne suffit plus à combler les besoins croissants d’Alexandre LECLUSE. En conséquence, il acquiert la carrière de Glénic, propriété de Pierre CACARD, un maçon entrepreneur de Chibert. Sous la direction constante d’Auguste DENEVE, la carrière de Villegondry se spécialise dans la production de pavés et de bordures, principalement destinés à la ville de Paris, ainsi qu’aux communes de Loches et Tours. De plus, les pierres extraites servent à la construction de monuments commémoratifs, comme le socle de la statue du général Mangin érigée à Paris, bien que cette dernière ait été détruite par les Allemands en 1940.
En 1935, un revers économique force l’entreprise LECLUSE à déposer le bilan. C’est alors qu’Auguste DENEVE rachète les droits des carrières. Avec le soutien d’une vingtaine d’ouvriers devenus également actionnaires, il crée la « Société des coopérateurs des granits de la Creuse », une initiative innovante et solidaire pour maintenir l’activité de la région.
Malheureusement, le 25 juin 1944, le drame frappe : Auguste DENEVE est arrêté par la milice avec 90 autres habitants de Guéret puis emprisonné à Limoges, il sera libéré avant la fin de la guerre. Il décède quatre ans plus tard, le 2 octobre 1948, à Guéret. Sa fidèle secrétaire, Mlle GOUMY, reprend alors la direction de la coopérative jusqu’à sa fermeture en 1967. L’année suivante, Alfred GOLBERY reprend la carrière de Villegondry, mais son exploitation sera de courte durée avant qu’il n’en ouvre une autre sur les bords de la Creuse, au sud de la commune.
De nos jours, les pavés parisiens, façonnés avec soin et extraits des terres de Glénic, continuent de témoigner du savoir-faire et du labeur des générations passées. Nombreux sont les Creusois qui, sans le savoir, foulent ces pierres imprégnées de l’histoire et de la sueur de leurs aïeux.
Aujourd'hui, quelques vestiges de l'ancienne carrière subsistent encore. En empruntant le chemin de randonnée reliant Villelot à Villegondry, il est possible d'apercevoir les ruines d'une petite maison qui servait autrefois d'abri aux ouvriers. Après avoir traversé un charmant petit ruisseau, une halte s’impose : la cascade, où l'eau du ruisseau plonge dans l'ancienne carrière, offre un décor paisible et enchanteur, idéal pour une pause nature.
En s’aventurant plus loin, au cœur même de la carrière, on découvre d’autres traces de ce passé industriel. Une seconde petite maison, utilisée comme logement des employés, se dresse encore, bien que partiellement en ruines. Les restes de pierres extraites jonchent le sol, et sur les parois rocheuses, on peut distinguer les marques laissées par les outils de l’époque. Quelques constructions résistent au passage du temps, témoignant de l’histoire riche et laborieuse de ce lieu.
Les ruines d'une bâtisse sur le chemin de randonnée les traces d'outil dans la roche (photo BP 2011)
(Photo BP 2011)
La tuilerie du Mondoueix
Sur les terres d'Antoine RIBIERE se trouvait un gisement d'argile de qualité, idéal pour la fabrication de briques et de tuiles. De cette richesse, il en fera son métier. Antoine RIBIERE, né à Glénic le 13 novembre 1847, fils d’un agriculteur également prénommé Antoine, a su exploiter les ressources naturelles présentes sur les terres familiales. C’est sur une parcelle située au Mondoueix, référencée comme section E 813, qu’il débute son activité avec l’aide de son frère aîné Pierre, produisant ses premières tuiles dès 1870.
En septembre 1873, alors que les plans de la future école de Glénic étaient en préparation, le conseil municipal stipula que les tuiles utilisées pour sa construction devaient provenir exclusivement de l’usine du Mondoueix. Cette reconnaissance locale marqua un moment important pour Antoine. En 1874, lors de son mariage avec Jeanne GELINON, sa tuilerie produisait déjà des tuiles et des briques pour répondre aux besoins locaux. L’activité prospéra et, en 1887, Antoine fit construire une tuilerie plus moderne ainsi qu’une maison en 1902 pour poursuivre son œuvre. Malheureusement, le destin écourta son chemin : Antoine s’éteignit le 22 janvier 1904 à seulement 56 ans.
À son décès, son héritage passa à sa fille unique Eugénie, née en 1875. En 1896, Eugénie épousa Jean RIBIERE, un maçon originaire de Roches. Ensemble, ils eurent un fils, Antonin Joseph, né en 1898. La petite famille vivait déjà sur le site de la tuilerie avant le décès d’Antoine. Jean reprit alors l’affaire de son beau-père et continua à faire tourner l’usine, engageant même un ouvrier tuilier. Toutefois, les épreuves s’abattirent sur la famille : Eugénie décéda prématurément en 1910 à seulement 35 ans, laissant Jean, leur fils Antonin et sa mère Jeanne GELINON.
En 1911, malgré ces épreuves, la tuilerie fonctionnait encore. Mais à la mort de Jeanne GELINON en décembre 1919, l’activité s’arrêta définitivement. Jean, déjà remarié depuis le début de l’année 1919, continua d’habiter les lieux mais se consacra exclusivement à l’agriculture, fermant ainsi le chapitre de la tuilerie du Mondoueix.
(Photo Google 2025)