- Biographie de Louis GRAVET

- Cartes photos de Louis Gravet

                        Louis GRAVET photographe à Glénic

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Louis GRAVET 1867 - 1944                                                                                

Comprendre la Différence entre Carte Postale et Carte Photo

La différence entre une carte postale et une carte photo tient surtout à la façon dont l’image est produite et à l’usage de la carte. Une carte postale est un produit édité en série. L’image est imprimée par un procédé industriel (lithographie, héliogravure, offset…) à partir d’un cliché original. Elle est destinée à une large diffusion : souvenirs touristiques, vues de villes, scènes typiques, monuments, etc. On peut en trouver des centaines ou des milliers d’exemplaires identiques.

Une carte photo, au contraire, est un véritable tirage photographique monté sur un carton au format carte postale. L’image n’est pas imprimée mais développée sur papier photo. Elle est souvent réalisée en très petit nombre, parfois même à l’unité, par un photographe professionnel ou amateur. Elle représente fréquemment : des portraits, des familles, des événements locaux, des chantiers, cafés, écoles, régiments, villages, etc.

Louis GRAVET, photographe à Glénic, travaillera sur des cartes photos, mettant en valeur des moments uniques à travers des images personnelles et authentiques.

 

Biographie

Louis GRAVET naît le 14 février 1867 à 22h30, au numéro 6 de la rue Sainte-Croix à Avesnes-sur-Helpe, dans la maison familiale. Sa mère, Julie GRAVET, jeune couturière de 19 ans, est assistée ce soir- là par Maria Boulanger, sage-femme. L’acte de naissance indique que l’enfant est né de père inconnu.

À cette époque, Avesnes-sur-Helpe est une petite ville de 3 740 habitants, chef-lieu de canton et sous-préfecture du département du Nord. Située à 17 kilomètres de Maubeuge   et à 84 kilomètres de Lille, elle est traversée par l’Helpe majeure, un affluent de la Sambre. Bien que située dans une région marquée par l’industrie et l’exploitation minière, l’Avesnois se distingue par son activité agricole, son bocage, ses prairies et forêts, son relief vallonné et la multitude de petits cours d’eau qui le traversent. Ce paysage n’est pas sans rappeler celui du Limousin, où Louis se réfugiera bien plus tard, en 1914.

Julie GRAVET, encore mineure au moment de la naissance de son fils, vit toujours au domicile de ses parents. Son père, Zéphir GRAVET, âgé de 52 ans, exerce le métier d’ouvrier boulanger. Sa mère, Julie Joseph GUILLAUMON, 50 ans, est ménagère. Le couple a eu sept enfants, dont quatre sont décédés en bas âge. Julie est la troisième de cette fratrie. Son jeune frère, Georges, n’a que dix ans à la naissance de Louis, leur premier petit-fils. L’enfant grandit durant ses premières années auprès de sa mère et de ses grands-parents.

En 1868, Julie GRAVET est de nouveau enceinte. Elle a rencontré Jean BOIZET, un veuf originaire de la Loire, né en 1830, soit dix-huit ans plus âgés qu’elle. Installé à Avesnes-sur-Helpe avec ses deux filles, Mélanie (six ans) et Léonie (quatre ans), Jean et Julie se marient le 10 septembre 1868. Leur fils Henri naît un mois plus tard. Louis quitte alors la maison de ses grands-parents pour aller vivre avec sa mère, son beau-père et ses demi-sœurs dans un autre quartier de la ville.

La fratrie s’agrandit encore avec la naissance de Jeanne Marie Anne le 2 janvier 1871, puis celle de Zéphir le 6 mai 1873. Louis passe ainsi son enfance au sein d’un foyer recomposé, entouré de ses demi-sœurs et demi-frères.

Né dans une famille modeste, Louis grandit dans un environnement marqué par le labeur. Son beau-père, ouvrier agricole, travaille comme journalier, louant sa force de travail à la journée. Vers 1874, la famille quitte Avesnes-sur-Helpe pour la Belgique, probablement attirée par de meilleures perspectives d’emploi. C’est à Charleroi, ville industrielle wallonne, que naît Jean, le 18 avril 1875.

Avant de revenir en France, Louis poursuit ses études en Belgique, où il se distingue en réussissant plusieurs concours généraux. L’un des sujets proposés en 1881 est « l’éloge de la diligence » un thème révélateur de son sérieux et de son goût pour l’effort. Il finira 17ème sur les 73 concurrents.

La famille revient en France avant 1885 et s’installe à Denain, une petite commune du Nord, d’abord rue des Prés, puis rue du Crinquet. Vers 1885, Louis quitte le foyer familial pour Lille, afin d’y apprendre le métier de typographe. Il réside alors rue du Vieux-Marché-aux-Moutons, une rue ancienne qui sera détruite lors des bombardements de 1914.

C’est à Lille qu’il rencontre Julie Louise DERUYCK, née le 18 octobre 1872 dans cette même ville, issue d’une famille belge. Elle est couturière. Le couple se marie le 15 février 1892. À cette époque, Louis est employé de commerce. Il travaille ensuite pour le grand quotidien régional L’Écho du Nord, probablement comme typographe, selon l’acte de mariage d’un de ses amis.

 Le couple quitte la rue du vieux marché aux moutons, pour le 18 rue du Bois Saint Sauveur à Lille et veulent fonder une famille, cela fait déjà six ans qu’ils sont mariés avant que la petite Germaine Louise arrive le 19 mai 1898. Une joie dans la famille mais de courte durée, malheureusement, celle-ci décède le 7 juillet de la même année.
 Louis s’installe alors comme photographe à domicile à cette adresse et commence à réaliser ses premiers portraits.

 

 

 

 

Les premières photos réalisées dans son atelier à Lille, vers 1898. (Photos Louis GRAVET)

Vers 1900, fort de son expérience journalistique, il ouvre un atelier d’imprimerie à Billy Montigny, dans le Pas de Calais, tout en conservant son autre atelier à Lille. Le 29 avril 1902, un deuxième enfant, Jean Marcel, voit le jour. Mais le destin frappe à nouveau la famille : Jean Marcel décède le 30 septembre 1902, au même domicile lillois.
 Éprouvés par ces pertes, Louis et son épouse décident de s’installer définitivement à Billy-Montigny, où ils développent leur atelier d’imprimerie, désormais spécialisé dans la fabrication d’affiches publicitaires.

Ses premiers clichés ou l’on découvre Billy Montigny datent de 1903. Il se lance alors dans l’édition de cartes postales illustrées, qui servent également de support publicitaire à son atelier. Cette même année, à la suite du décès de son beau-père Jean BOIZET en 1900, sa mère se remarie avec Paul MONTHUY, le 8 novembre.

  Présent à Courrières en 1906, lors de la plus grande catastrophe minière d’Europe, Louis laissera une empreinte durable dans l’histoire des corons grâce à son œil de photographe. Mais l’Histoire le bouscule de nouveau quelques années plus tard.

Louis, son épouse Julie et l'employé Georges WYNGUERT devant l'atelier de Billy Montigny en 1911.

À l’arrière, de la maison , une verrière, c’est là que Louis avait aménagé son atelier. À ses côtés, son épouse participait à la confection des affiches, tout comme l’employé  qui partageait le même toit.

Catastrophe des mines de courrières, une veuve a été appelée à reconnaître les restes calcinés de son époux, récemment retrouvés.

En août 1914, la Grande Guerre éclate. Billy-Montigny, comme tant d'autres communes du bassin minier, subit les premiers bombardements. L’atelier de photographie de Louis est détruit. À 47 ans, sans enfant, il est contraint de fuir sa région natale, devenu lui aussi un « réfugié » du Nord. Sa mère étant décédée en 1912, il ne lui reste que quelques demi-frères avec lesquels il entretient peu de liens. Il prend alors la route de l’exil avec son épouse, Julie DERUYCK.

Le couple quitte tout : amis, maison, souvenirs. Mais Louis emporte avec lui l’essentiel de sa vie professionnelle, son appareil photo, quelques plaques de verre, des images. Leur voyage les mène vers le sud, au gré des haltes et des incertitudes. En octobre 1914, ils trouvent refuge dans le département de la Creuse. 

Louis devant sa maison bombardée en octobre 1914.

Louis GRAVET tenant le journal « réfugié » et Julie DERUYCK son épouse arrivé à Jouillat en octobre 1914.

 Comme tant d’autres réfugiés du monde entier, Louis et Julie doivent affronter non seulement la douleur de l’exil, perte des proches, des repères, du travail, mais aussi l’inconfort de l’accueil dans des régions souvent peu préparées à recevoir ces populations déplacées. L’hostilité, la peur de l’étranger, voire l’indifférence, font partie de leur quotidien.

Pour beaucoup de réfugiés du Nord, cette parenthèse n’est que temporaire. Dès 1918, avant même la fin officielle du conflit, la majorité d’entre eux prennent le chemin du retour. Dans Le journal des réfugiés du Nord, on apprend ainsi que dans un convoi arrivé à Évian le 30 mai 1918 figuraient Alphonsine DERUYCK, née HERMAN la belle-sœur de Julie ainsi que sa mère Célina Varlet, également née HERMAN. Toutes deux avaient été hébergées à Jouillat, non loin de Guéret. Louis et Julie, eux, feront un autre choix.

Rien ne semble indiquer qu’ils aient particulièrement souffert de leurs nouvelles conditions de vie en Creuse. Au contraire, ils s’y enracinent peu à peu, jusqu’à s’y installer définitivement. Ce pays d’accueil devient leur dernière demeure. Louis y vivra encore près de trente ans, loin des terrils, mais sans jamais renier ses racines ni cesser de documenter le monde à travers son objectif.

Au départ, Louis et sa famille trouvent refuge à Jouillat, une paisible commune rurale d’environ 1 100 habitants, située à une quinzaine de kilomètres au nord de Guéret. Ils s’installent dans une maison de la rue de la Gare, aujourd’hui rebaptisée, moyennant un loyer mensuel de 5 francs.

Pour subvenir aux besoins de sa famille, Louis reprend son métier de photographe et réalise quelques clichés de soldats en permission ou sur le point de repartir au front. Malgré ses efforts, les revenus tirés de cette activité restent très modestes. Une fiche remplie en mars 1917 par le maire de Jouillat à destination du Service des Réfugiés indique que les gains de Louis sont jugés « presque nuls ».

Le foyer vit essentiellement grâce à l’allocation versée aux réfugiés, soit 2 francs 50 par jour, ce qui correspond à peu près au prix de 5 kilos de pommes de terre. Louis déclare avoir perçu, « à diverses dates », des aides supplémentaires, en argent ou en nature, de la part de la Préfecture de la Creuse. La famille bénéficie également de l’assistance médicale gratuite, alors accordée aux réfugiés de guerre.

Malgré l’aide reçue, ils tiennent aussi à aider à leur manière. Durant leur séjour à Jouillat, puis à Glénic, Louis et son épouse accueillent plusieurs enfants de l’Assistance publique, comme en témoignent les documents de recensement de 1921 pour Jouillat et de 1926 pour Glénic. En 1921, dans leur modeste maison de Jouillat, ils hébergent jusqu’à trois enfants : Locarini Bippino, né en 1914, Gabriel Rota, né en 1916, et Lucie Rota, née en 1920, tous trois originaires de Paris. En 1926, à Glénic, ils recueillent Gisèle Varrault, née en 1925 à Guéret.

 

 

 

 

 

Louis et son épouse Julie devant leur domicile rue de la gare à Jouillat.

Vers 1922, Louis et Julie quittent Jouillat pour s’installer à Glénic. Ils emménagent dans une petite maison à pièce unique, située en bordure de l’actuelle RD 940, sur un terrain aujourd’hui occupé par l’aire de loisirs de la commune, à proximité du viaduc.

C’est dans le grenier de cette modeste habitation qu’on à retrouver, bien des années plus tard, les traces précieuses du travail de Louis : des plaques de verre, des cartes postales ainsi que son appareil photographique.

Louis GRAVET demeurera à Glénic jusqu’à la fin de sa vie.

Cette modeste maison, construite en 1897 appartenait à Antoine PARRAIN meunier au moulin neuf, avant d’appartenir à la commune. Souvent loué depuis sa construction , elle servira un temps aux ingénieurs des travaux du viaduc C’est dans cette bâtisse simple que Louis GRAVET termina sa vie.

En plus de la photographie et de l’imprimerie, Louis nourrissait une autre passion : la musique et la chanson. Dès 1910, à Billy-Montigny, il présidait déjà l’Union Orphéonique.

Il apprend notamment à jouer de la guitare, un instrument avec lequel on le retrouve fréquemment en Creuse dans les années 1930, que ce soit sur des clichés de cavalcades ou lors de séances d’autoportraits. Auteur, compositeur et interprète, il exprime pleinement sa créativité musicale.

Parfaitement intégré à la vie locale et animé d’une joie de vivre communicative, Louis participe activement à l’animation de la commune de Glénic, où il occupe même la fonction de sacristain. Le 24 juillet 1938, lors d’une grande fête nautique organisée par la section nautique du Rugby Club Guérétois, il prend part à l’événement, qui rencontre un vif succès.

Dans un article paru le 4 août suivant dans Le Populaire du Centre, les organisateurs tiennent à « remercier M. Gravet, qui, poète, chansonnier et orateur, fit au micro un discours de bon accueil pour tous ceux qui étaient venus nombreux » et précise que, « comme en Creuse, on aime rire et chanter, M. Gravet se fit chanteur et nous poussa avec son habituel talent, diverses chansons de son répertoire ».

Comme en témoigne quelques articles des quotidiens régionaux, Louis GRAVET a laissé quelques traces de ses passages :

Journal de Lens le 26 janvier 1902 :

-Concert de la fanfare.

Dimanche prochain 26 janvier, à quatre heures très précises du soir, la fanfare de Billy Montigny donnera dans la salle des écoles, un joli concert avec le concours de Messieurs :Musin, baryton de la chorale de Méricourt ; Gravet, ex premier ténor de la lyre Cambraisienne ; Goedfreindt, clarinette solo de l’harmonie des mines de Courrières ; Constant Celisse, cornettiste solo de la fanfare ; Victor Celisse, saxophoniste premier prix du conservatoire de Lille ; H Chavatte et D Lefebvre, duettistes comiques et Mme Faelens, pianiste accompagnateur, professeur de piano à Lens.

   Article du 11 février 1909 de la plaine de Lens :

Concert.

Dimanche dernier a eu lieu, dans les salons Delauffre le concert organisé par l’union orphéonique. Félicitations de suite les organisateurs qui vraiment n’ont rien négligé, pour rendre cette soirée attrayante et tout particulièrement M. Gravet Président de l’union orphéonique, sous la direction de M Becquet a interprété deux chœurs de façon ravissante. M. Biseur s’est montré un excellent cornettiste, aussi a t’il obtenu un succès aussi vif que mérité. M. Hochez, clarinettiste a soulevé les bravos de l’assistance, dans un air varié et dans une agréable fantaisie polka. M. Mercier, chanteur à la voix sympathique, n’a pas pu faire valoir tous ses moyens, le manque de justesse ayant gâté on exécution. M. Sevin, des orphéonistes d’Arras, a su plaire aux auditeurs, quoique forçant un peu sa voix. M. Edgard a été un comique désopilant et M. Gravet, un fin diseur.

        Article du 30 mai 1909 du journal le citoyen :

      Un grand démocrate.

    Le deux mais derniers avait lieu à Noyelles sous Lens, un festival, fête toujours goutée dans nos pays.

    Une société de notre commune avait adhéré à cette fête. Si je désigne une société, c’est pour relater un fait qu’il n’est pas admissible de laisser inaperçu aux habitants qui pourraient encore douter de la personne en question. L’union orphéonique de Billy Montigny, dont le président est photographe et qui s’intitule “sincère démocrate”, s’est donc rendu au festival de Noyelles. Le premier soin de ce grand démocrate, en arrivant dans cette commune, fut de conduire sa société chez M le curé. Tout comme c’était l’usage, notre ensoutané remercia le grand démocrate des marques de sympathie qu’il lui procurait et offrit les vins d’honneur, ce après quoi ce démocrate conduisit l’union orphéonique à la mairie pour la réception officielle.  Qu’en pensez-vous, chers lecteurs, d’un semblable dévouement à la république par ce sincère démocrate ? Ne voyez-vous pas là un second Dombray la jaunisse, allant par ci par là, faire bénir des fanions ?

    Cet envouté trouve sa société, n'a pas été assez beurrée d’une fois, il l’a fait bénir une seconde fois en se rendant au festival.

    Que vous dit que ce grand démocrate ne conduira pas prochainement sa société à Lourdes pour faire bénir une troisième fois ?

    Voilà un bout d’homme à qui on pourra dire sur sa plaque : “c’était un démocrate”

       Article du 5 décembre 1909 du journal : La plaine de Lens.

     Sainte Cécile. L’union orphéonique a fêtée la sainte Cécile dimanche dernier, les chanteurs se rendirent au complet chez M Gravet, président, ou M Sevin, vice-président, prit la parole pour le remercier de son dévouement incessant. Le soir, un banquet eut lieu ; la plus franche cordialité n’a cessé de régner.

       Article du 27 octobre 1912 du journal de Lens.

     A l’union orphéonique

    L’union orphéonique a tenu son assemblée générale sous la présidence de M Gravet. Il a été procédé à l’élection d’un nouveau trésorier en remplacement de M Mercier démissionnaire et d’un secrétaire, M Fosset étant appelé sous les drapeaux. C’est M Jules Sevin père qui a été nommé trésorier et c’’est M Georges Delaume à qui ont été confiées les fonctions de secrétaire. L’assemblée a ensuite décidé que son banquet annuel aurait lieu salle Trognon, au grand hôtel de la place, le premier décembre et qu’elle donnera son bal de Sainte Cécile le 24 novembre.

    Louis GRAVET au premier rang, quatrième à partir de la gauche, président de l'union orphéonique de Billy Montigny en 1910.

    Chorale de l'union orphéonique de Billy Montigny, Louis GRAVET un livre à la main.

    Autoportrait de Louis GRAVET à la guitare vers 1910

    Cliché pris en 1915 ou 1916 à la gare de Jouillat, parmi eux, on y trouve Louis Gravet à la guitare qui accompagne Adolphe Pelabon à l’accordéon. Ce dernier né à Bordeaux en 1885 était marié à une fille de Jouillat, auteur compositeur, musicien et chef d’orchestre à Bonnat, ainsi qu’aubergiste.

    Seule deux petites anecdotes parues dans la presse locale attestent que malgré tous ses talents, Louis n'avait pas que des amis.

    La première apparaît dans un article du Journal de Lens daté du 4 septembre 1910. On y apprend que le mineur Auguste Delattre, âgé de 20 ans et domicilié à Billy-Montigny, a été condamné à 10 jours de prison et 16 francs d’amende pour avoir volé, le 28 mars de la même année, un drapeau appartenant à M. Louis Gravet. Un geste dont la motivation reste obscure, mais qui révèle une animosité à l’égard du photographe.

    La seconde anecdote, est plus dramatique encore. Alors qu’il se rendait chez un particulier en juillet 1921 pour une séance photo, Gravet se déplaçait comme à son habitude avec son triporteur, aidé par son fidèle chien, lequel l’assistait même à pousser l'engin dans les montées. Mais dans la descente de Villard, à la sortie de Champsanglard, l’animal aurait effrayé un certain M. Petit. Ce dernier, profondément irrité ou apeuré, accueillit Gravet au retour avec un fusil. Il tua le chien du photographe, ce qui poussa ce dernier à porter plainte.

    Photographe ambulant, Louis GRAVET a parcouru une grande partie du département de la Creuse, de Nouzerines au nord jusqu’à Aubusson au sud, en passant par Marsac à l’ouest. Il se déplaçait en train ou à bord de son triporteur. Certains racontent même qu’il serait arrivé en Creuse dans une voiture à chiens, mais ceux qui l’ont connu se souviennent surtout de ce triporteur qu’il n’hésitait pas à mettre en scène dans ses propres clichés. L’un de ses autoportraits, très recherché aujourd’hui, se négocie d’ailleurs autour de 300 euros.

    Au fil de ses nombreux déplacements, Louis a accumulé une impressionnante collection de clichés : fêtes de village, cavalcades, fanfares, mais aussi photos de classes, communions et portraits commandés par ses clients. Il arrivait parfois qu’on l’invite à déjeuner en échange de ses services, comme en témoigne une carte reçue de Genouillac : un client y demandait sa présence dès le repas de midi, avant qu’il ne photographie un mariage local.

    Curieusement, très peu de ses photographies représentent des paysages ou des monuments de la Creuse. GRAVET laissait ce genre d’images à ses confrères, comme DE NUSSAC ou d’autres photographes creusois. Quant aux scènes en mouvement, il n’en a laissé aucune trace. Il perd son épouse, Julie, décédée dix ans avant lui, le 11 juillet 1934, à l’hôpital de Guéret

    Louis retournera très peu de fois dans sa région natale. S’il quitte parfois la Creuse, c’est surtout pour se rendre dans le Béarn, à l’extrême sud-ouest du pays, où vit son cousin Georges. Né en 1883 à Avesnes-sur-Helpe, Georges était le fils de Victor, oncle de Louis et d’Élise, sa tante. Il résidait à Pau, où il est mort en 1958. Un document joint confirme que Louis était encore actif en 1941, à près de 75 ans, en tant que photographe agréé du Comité des fêtes du Quartier Nord de Pau.

    Combien de temps y est-il resté ? Nul ne le sait vraiment. Pas plus que l’on ne sait comment il a vécu les dernières années de la guerre, ni de sa vie.

    Louis GRAVET s’éteint à son tour à l’hôpital de Guéret, le 21 mars 1944.

    Louis GRAVET n’aura connu ni la fortune ni la reconnaissance de son vivant, ni grâce à ses cartes postales, ni grâce à ses photographies. Pourtant, il aura su figer dans le temps des visages souvent anonymes, des scènes emblématiques de son époque, des événements marquants de la vie rurale dans nos petites communes. 

    Afin de partager ces images, bien trop nombreuses pour être présentées dans leur totalité ici, je n’ai rassemblé sur ce site que celles représentant Glénic.